Me voilà de retour en France. Ces dernières semaines en Asie sont passées si vite. C’est toujours étrange d’atterrir, de revenir chez soi et de repenser à tout ce qu’on a vécu. Le temps du voyage n’est pas le même que le temps du quotidien. Il passe différemment. Je n’ai pensé à rien tous ces jours au Cambodge, ou si peu. J’ai toutes ces sensations qui se sont imprimées dans ma mémoire, sur mes rétines. Tellement d’images pour tant de souvenirs, tant de rencontres que quelques photos ne sauraient pleinement exprimer. Je n’ai pas fui, je n’ai pas oublié mais quelque chose s’est allégé. On est forcé de laisser place au silence, d’accepter de saisir ce qui se passe autour de soi. Il me reste de ces pleines journées au Cambodge, dans les rues de Phnom Penh, près des temples d’Angkor Vat, dans un taxi sur les routes du Nord vers la Thailande, auprès de villageoises tisserandes de Takeo, une telle sensation de lumière tourbillonnante, de vie, de clarté. Ce n’est pas un pays aussi simple qu’on le dit, la vie n’y est pas douce pour tout le monde, bien au contraire. Elle l’a été pour moi et c’est une grande chance. Je suis encore toute étourdie par mon voyage.
I am back in France. My recent weeks in Asia have passed so quickly. It’s always strange to land, to be back home and think back at everything you have just experienced. Travel time is not the same as the every day time. It passes differently. I haven’t thought about anything during these days in Cambodia, or very little. I have all these feelings that are imprinted in my memory, on my retinas. So many images for so many memories, so many encounters which a few pictures will not fully express. I did not run away, I haven’t forgotten anything but something is gone. You are forced to give way to silence, accepting to grasp what is happening around you. These full days in Cambodia, in the streets of Phnom Penh, near the Angkor Wat temples, in a taxi on the North road to the Thailand border, with Takeo village weavers, left me with a sensation of such whirling light, life, clarity. This is not an easy country, life is not smooth for everyone, quite the opposite. It has been for me and I feel so grateful. I am still dizzy.
Je suis toujours au Cambodge. Je n’ai pas beaucoup le temps d’écrire. Il y a des phrases qui me viennent et des pensées qui prennent forme. J’aurai besoin de plus de temps, plus de recul pour cela.
Mes découvertes, saisir mon expérience de voyage à bras le corps, vivre pleinement les rencontres, les couleurs, les lumières du pays dans lequel je suis, cela prend tout mon temps. Dans les rares moments de pause, j’essaie de lire un peu.
C’est étonnant de voir les livres qu’on choisit d’emporter pour accompagner certains voyages. A quel point parfois ils sont symboliques de quelque chose qui se noue durant ces jours de transit. J’ai emporté Poisson d’Or de JMG Le Clézio que j’avais déjà lu et Tristes Tropiques de Claude Lévi Strauss. J’ai recommencé Poisson d’Or. Il raconte l’histoire de Laila, qui commence son existence mouvementée au Maroc, dans les rues de Rabat et qui va chercher sa liberté, coûte que coûte, jusqu’en France, Paris, les Etats-Unis. On va suivre la vie qui la chavire et la bouscule, ses origines qu’elle recherche, ces gens qu’elle tente de comprendre, son âme qu’elle cherche à apprivoiser. Parcours initiatique, chemins de traverse, incompréhension face au monde. Exil et soif de liberté.
Parfois les livres qu’on lit nous parle un peu plus. Ils viennent résonner à des moments particuliers, faire écho à nos préoccupations. Ils prennent la couleur de nos voyages intérieurs.
Poisson d’Or commence par ce proverbe aztèque, Quem vel ximimati in ti teucucuitla michin (Petit poisson d’or, prends bien garde à toi! Car il y a tant de lassos et de filets tendus pour toi dans ce monde)
« Je crois que c’est à partir de ce jour-là que j’ai décidé de partir, d’aller le plus loin possible, au bout du monde, et de ne jamais revenir. »
De l’autre côte, la rive était déjà dans l’ombre, il y avait des lumières qui scintillaient. Pour la première fois il me semblait que j’étais libre. Je n’avais plus d’attaches, j’allais vers l’avenir… mon enfance restait de l’autre côté de cette rivière. »
I’m still in Cambodia. I don’t have much time to write. Some sentences and thoughts sometimes appear in my mind but I would need more time, more distance. My discoveries, going into my travel experience head-on, fully live the encouters, colors, lights of the country where I am standing right now, it is taking all my time. In the rare moments of rest, I try to read a little.
It’s surprizing to see the books we choose to accompany certain travels. They are symbolic of something that is tied in these days of transit away. I have taken Poisson d’Or (Golden Fish) by JMG Le Clézio which I had already read and Tristes Tropiques by Claude Levi Strauss. I have started with Poisson d’Or. It tells the story of Laila, who began her eventful life in Morocco, in the streets of Rabat and will seek her freedom at any cost, to France, Paris, the United States. We will follow the life stumbling and shaking her, her seeks for her roots, the people she tries to understand, her soul she tries to tame. Initiations, byways, misunderstandings about the world. Exile and longing for liberty.
Sometimes the books we read talks to us a little more. They resonate at particular times, echo our concerns. They take the color of our inner travel.
Poisson d’or begins with this Aztec saying: Quem ximimati in ti vel teucucuitla mishin (Little golden fish, take good care of yourself! Because there are so many lassos and nets set for you in this world)
« I think it was from that day I decided to leave, to go as far as possible, at the edge of the world, and never return. »
« On the other side, the bank was already in shadow, there were lights flickering. For the first time I felt that I was free. I was no more attached, I was going ahead … my childhood was still on the other side of this river. »
Ils sont beaux ces foulards. Si on les voyait dans une boutique, on ne penserait sans doute qu’à les porter sur soi. On passerait à côté d’une des composantes essentielles: leurs profondes racines cambodgiennes. Toutes les étoles Soieries du Mékong sont tissées à Banteay Chmar, dans le Nord du Cambodge, à la frontière thaïlandaise. Ces pièces sont réalisées avec le plus grand soin par des femmes tisserandes de cette région, qui sont formées, rémunérées de manière équitable et soutenues par cette marque française. Le Cambodge a vu ses savoir-faire textiles disparaître avec le régime des Khmers Rouges, c’est aussi un pays qui souffre beaucoup de l’exode rural. Faire du beau et du bien ensemble c’est possible, en tissant des valeurs humaines de partage avec la beauté de la soie et les subtilités de traditions locales ancestrales.
Pendant que je vous laissais découvrir mes coups de cœur du Salon Maison et Objet, je m’envolais pour Phnom Penh, pour poursuivre mon documentaire interactif Tissus & Artisans du Monde, ce projet qui m’est si cher, à la découverte d’histoires d’artisans textiles et de savoir-faire dans différentes régions du monde. Mes pérégrinations m’avaient emmenée tout d’abord au Maroc en août dernier et mes pas me mènent désormais en Asie du Sud-Est, pour un périple de quelques semaines. Ma venue au Cambodge a beaucoup à voir avec ma rencontre avec Soieries du Mékong. A l’heure où vous lirez ces lignes, je serai loin, très loin dans les terres khmères, certainement sur la route, vers Banteay Chmar, sur les pistes du Nord. J’en profite pour l’heure, pour vous offrir mes premières images de Phnom Penh, la capitale.
These scarves are beautiful. If you happened to spot them in a store, you would probably only think about wearing them. You would miss one of their essential components: their deep Cambodian roots. These Soieries du Mekong shawls are all woven in Banteay Chmar, in northern Cambodia, on the Thai border. These pieces are handmade with great care by women of this area, who are trained, fairly paid and supported by the French brand. Cambodia has seen its textile knowledge disappear with the Khmer Rouge regime, and it is also a country suffering a lot from rural exodus. Making something good and beautiful is possible, by weaving together human values, beauty of silk and the intricacies of local ancestral traditions. While I let you discover my favourites of the Maison et Objet Salon, I was flying to Phnom Penh, to pursue my online documentary project WorldFabrics & Artisans.This project which means so much to me, about stories of textile handicrafts and artisans in different countries of the world. My travels took me first to Morocco last August and it now leads me to South-East Asia for a couple of weeks. My arrival in Cambodia has a lot to do with my discovery of Soieries du Mekong. At the time you’re reading this, I will be far, far away in the Khmer land, certainly on the road to Banteay Chmar, on the way North. For now, I will share my first images of Phnom Penh, the capital.
Au détour des allées du salon Maison & Objet, j’ai découvert les créations de la maison de linge de maison Rouge du Rhin. La marque de décoration, spécialiste du linge brodé, suit une ligne créative originale avec la qualité comme leitmotiv. J’ai été séduite par les graphismes minimalistes, entre rigueur géométrique et inspiration optic-art. En appliquant techniques de broderie traditionnelle sur des matières naturelles brutes, cette maison conserve un héritage inspiré de techniques artisanales pour en extraire des collections contemporaines. Parmi tous les produits, j’ai eu l’heureuse surprise de reconnaître le motif ci-dessus intitulé « Dakota », un savant mélange d’influences: entre motif inca folk, apache pixellisé, ikat amérindien revisité. Une création multicolore signée Pygopagus pour Rouge du Rhin, appliquée en broderie sur une assise pliable ou imprimée sur un coussin.
Pygopagus, c’est un drôle de mot qui est l’appellation scientifique pour désigner des jumeaux siamois. C’est aussi le nom que s’est donné un duo de créatifs amoureux (Pierre-Marie Lenoir + Alexandra Bruel dont j’ai déjà parlé ici), graphistes-illustrateurs poétiques et décalés, un duo d’oiseaux rares qui collaborent à quatre mains sur certains projets de création.
Along the Maison & Objet trade show halls, I have discovered the products of the household linen house Rouge du Rhin. The decoration brand, embroidered linen specialist, is following an original creative line with quality as leitmotiv. I was seduced by the minimalist graphics, between rigorous geometry and op-art inspiration. Applying traditional embroidery techniques on natural fabrics, the house keeps a legacy of inspired by traditional craftsmanship to extract contemporary collections. Among the products, I was pleasantly surprised to recognize the pattern above entitled « Dakota », a blend of influences from folk Inca motif, pixelated apache, revisited Indian ikat. A colorful design signed by Pygopagus for Rouge du Rhin applied embroidery on a folding seat or printed on a pillow.Pygopagus is a funny word that is the scientific name referring to Siamese twins. It is also the name that was given a duet of creative lovers (Pierre-Marie Lenoir + Alexandra Bruel whom I wrote about here), poetic and goofy graphic designers and illustrators, a pair of rare birds who get to collaborate together on certain creative projects.
L’époque se prête au rêve. Voilà le préambule de l’Espace Tendances d’Elisabeth Leriche au salon Maison & Objet, qui a pris place ce weekend dans le Nord de Paris. La chambre comme espace de liberté, de création, un nid protecteur dans lequel se lover, un refuge pour héberger ses rêves. Dans cette époque mouvementée et sans plus de repère, entre rigueur et surconsommation, les objets ont-ils encore une âme? Maison et Objet, c’est un raz de marée de nouveautés, de produits designés pour tous les besoins, tous les budgets et de toutes les couleurs. Au bout de deux heures à arpenter les allées des halls grands comme des aéroports, je me surprends souvent à avoir le vertige. Et au milieu de cette quantité de choses, parfois, quelque chose émerge. On s’accroche à un objet, à un motif, une matière, un détail qui vont faire la différence et dont on sera capable de se souvenir. C’est un peu le l’histoire de Tissus & Artisans du Monde, chercher à raconter le mystère humain qui se cache dans certains tissus et motifs et qui les rend si aimables, attachants, importants et émouvants. La visite de ce salon apparaît donc un point de départ pertinent pour la suite de mes aventures toutes proches.
Now is a time to dream. This are the first words of Elisabeth Leriche’s Trends space at Maison & Objet trade show, which took place this weekend in the North of Paris. Bedroom as a space of freedom, creation, a protecting nest to curl up in, a shelter to host your dreams. In this turbulent time and without further reference, between rigor and over consumerism, do objects still have a soul? Maison et Objet is a tidal wave of new products, designed and thought for any possible need you could have, every budget and in all the colors of the world. After two hours walking through the aisles of these big airport halls, I find myself often dizzy. And in the middle of this overwhelming quantity, sometimes, something emerges. You notice an object, a pattern, a material, a detail that will make a difference and which you will be able to remember. It’s a little bit the story of my project Tissus & Artisans du Monde (World Fabrics & Artisans), to tell the human mystery hidden in certain fabrics and print patterns and which makes them so lovable, endearing, moving and meaningful. In the end, this show’s visit appears to be an interesting preamble for my upcoming new adventures.
J’ai d’abord suivi la création de cette colombe. Une œuvre spectaculaire réalisée par la Fondation Unhate et le Magazine Colors et offerte à l’université de Tripoli en Lybie, le jour de l’indépendance du pays, le 24 décembre dernier. La colombe n’était pas blanche et portait en guise de plumes des milliers de carcasses de balles ramassées dans des zones de conflit. Dans chacune de ces douilles, des messages d’amour du monde entier. Guerre et paix. Peut-on encore aimer en tant de guerre? Peut-on encore rêver? Colors consacre un numéro spécial à la création de cette installation artistique, Colors with love. On y parle plus de guerre que d’amour.
Je ne la trouve pas très belle cette massive sculpture. Elle manque de légèreté la colombe, je la préférais blanche et déployant ses ailes, loin de cette violence qui rôde. Mais si ça fait avancer la paix, que cela favorise les échanges entre les peuples…
J’ai ensuite découvert cet oiseau optimiste du designer Jaime Hayon, « Hopebird », grâce à l’œil fureteur et tendre de Mzelle Fraise, reporter de choc au Salon Maison et Objet. (copyright Mzelle Fraise). Une sculpture joyeuse et dynamique, qui guette l’horizon et tout ce que l’avenir va apporter comme bonnes nouvelles.
Et puis je me suis souvenue des oiseaux du créateur japonais Mina Perhonen, et surtout de son tissu imprimé dessiné à la main d’une poésie fragile, émouvante et limpide. Et là enfin, j’ai pensé à l’essence de ces volatiles, à leur liberté. Les oiseaux sont faits pour voler et l’espoir est cette chose avec des plumes.
Hope is the thing with feathers. Emily Dickinson
First I have followed the birth of this dove. A spectacular art piece built by the Unhate Foundation and Colors Magazine and offered to the Tripoli University in Libya, on the country’s independence day, last December 24th. The dove was not white and insteas of feathers it had thousands of shell casings collected in war zones. In each of these shells, messages of love from all over the world. War and Peace. Can we still love in times of war? Can we still dream? Colors is devoting a special issue to the creation of this art installation, Colors with love. It talks more about war than about love. I did not find this massive sculpture that beautiful. It’s lacking some lightness, I would have prefered the dove to be white and spreading its wings away from this lurking violence . But if it helps peace and promotes exchanges between different cultures, why not…Then I discovered this optimistic bird by designerJaime Hayon, « Hopebird », through the eye and tender Mzelle Fraise, special reporter at the Maison et Objet trade show. A joyful sculpture, dynamic looking at the horizon and expecting what the future will bring as good news. And then I remembered the birds from this wonderful Japanese designer Mina Perhonen, and especially from his hand-drawn printed fabric with such a fragile poetry, moving and limpid. And then finally, I felt again these birds’ essence, their freedom. Birds are made to fly and hope is the thing with feathers.
Quatre artistes de la maille crochet : Cécile Dachary, Agnès Sébyleau, Pierre Bernard, Hélène Angeletti. Chacun dans leur style, tous ces artistes ont choisi comme médium d’expression le fil et comme technique le crochet. Pour des propositions diverses et passionnantes de sculptures molles et hybrides. Si Cécile Dachary s’intéresse à la cuisine interne des corps avec des pièces fines en couleur aux formes organiques, Agnès Sebyleau quant à elle, développe des pièces en lin, sortes de totems tout en circonvolutions. Pierre Bernard s’attache à des spirales et torsades en maille écrue à la précision mathématique alors que La Grosse Rosa d’Hélène Angeletti se répand sur le sol, affectueuse et massive pièce spectaculaire rose bonbon. Mais ce n’est pas tout! A vos Mailles ouvre ses portes à la création d’une œuvre évolutive et participative. Durant 14 jours, les artistes ont été présents pour crocheter et les visiteurs, curieux et passionnés sont venus participer à cette construction « in progress » créative et joyeuse. L’œuvre finalisée sera exposée à partir du 16 janvier au sein de la galerie. Je suis d’abord venue pour écrire un article et suivre l’exposition et je me suis prise au jeu, j’ai fini par m’asseoir et j’ai commencé à crocheter! Le blog d’A vos mailles permet de suivre l’évolution de la pièce ainsi que les rencontres avec tous les visiteurs-crocheteurs. Une initiative absolument enthousiasmante qui ouvre l’art et le textile à tous, fait la part belle aux rencontres humaines et aux échanges artistiques.
Four knit crochet artists: Cecile Dachary, Agnes Sébyleau, Pierre Bernard, Hélène Angeletti. Each in their style, these artists have chosen crochet knit as a medium of expression. Diverse and exciting productions as soft hybrid sculptures. If Cecile Dachary is interested in fine color knit pieces and inspired by organic subjects, Agnes Sebyleau has on her side developped linen pieces, as of totems in convolutions. Pierre Bernard focuses on unbleached knit spirals and twists almost mathematical while Helen Angeletti’s Grosse Rosa is spreading on the ground, affectionate and massive spectacular pink art piece. But that’s not all! A vos mailles opens creation to an « in progress » and participatory work. During 14 days, the artists are there to crochet knit and visitors and curious can join this happy and fun evolving construction. The completed work will be exhibited starting January 16 in the gallery. I first came to write an article and follow the exhibition and I finally sat down and started to crochet knit! You can have a look at A vos mailles blog to see the sculpture’s evolution as well as the meetings with the participating visitors. An absolutely exciting initiative which opens art and textiles to all, to enjoy human and artistic encounters.
Exposition A Vos Mailles à la Galerie Collection, 4 rue de Thorigny Paris 3e jusqu’au 28 janvier 2012
Yayoi Kusama est la prêtresse aux petits pois. Japonaise. Hallucinée. Inspirée. Une artiste contemporaine majeure qui développe son univers étrange et vénéneux depuis le début des années 50. Orgies psychédéliques, performances libertaires, installations, peintures, miroirs, sculptures. Elle voit des pois. Se répandre partout. Dans sa tête, sur les murs, à l’infini. Dans une esthétique de la contamination, ses fleurs hallucinogènes et sculptures phalliques distillent des sentiments oscillant entre angoisse et féerie. C’est la répétition du motif qu’elle cherche, jusqu’à sa disparition. L’exposition rétrospective de son travail au Centre Pompidou vient de s’achever. Yayoi Kusama a 83 ans et continue son œuvre, la folie comme moteur de création. Je l’ai découverte il y a dix ans, lors de sa première grande exposition à la Maison de la Culture du Japon. Et je l’ai vue en vrai à la galerie Pièce Unique un peu plus tard, en petit comité. Petite fille fragile ou vieille dame fantasque, elle cultive sa santé mentale comme d’autres un jardin de roses. Elle vit à l’abri du monde, dans un hôpital psychiatrique depuis 1977, protégée et soignée comme un monument national. Elle avait tout d’une Alice au pays des merveilles nippone, le jour où je l’ai vue dans cette galerie parisienne, assise sur un canapé, le regard incrédule et enfantin. Elle portait des chaussettes à pois.
Yayoi Kusama is the dot priestess. Japanese. Hallucinated. Inspired. A major contemporary artist who has developed her strange and poisonous world since the early 50′s. Psychedelic orgies, free performances, installations, paintings, mirrors, sculptures. She sees dots. Spread out all over. In her head and on the walls, to infinity. In a contamination aesthetic, hallucinogen flowers and phallic sculptures are exuding feelings between anxiety and enchantment. She wants the pattern to be repeated over and over again, until its disappearance. Her retrospective work exhibition at the Centre Pompidou has just ended. Yayoi Kusama is 83 years old and she keeps working, using her insanity as major inspiration. I discovered her art a decade ago, in her first major show in France at the Maison de la Culture du Japon. And I saw her in real life at the gallery Pièce Unique one year later. Fragile little girl or whimsical old lady, she cultivates her mental health as others would a rose garden. She lives aside from the world, sheltered in a psychiatric hospital since 1977, treated as a national monument. She is a Japanese Alice in Wonderland. The day I saw her in the Parisian gallery, sitting on a couch, looking incredulous and childish. She was wearing socks with polka dots.
Yayoi Kusama à la Galerie Pièce Unique (2002) (copyright Magali An Berthon)